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26/10/2021

Sur le fil du rasoir (15)

Ainsi naît l’enfant, seul au monde nouveau
Il émerge des limbes et ouvre les yeux
Il n’a plus sa migraine ni le choix d’exister
Il est là, plein et entier, jeune encore

Connaissez-vous une telle faveur
Un être vivant survient et transforme
Les belligérances en jeux de plaisir
Montrant ainsi sa prouesse certaine

Progressivement, l’être grandit
S’épanche dans ce nouvel univers
Touche à tout dans le désordre
Jusqu’à se reconnaître du monde

Il ausculte cette nouveauté
Il admire ses prouesses et erreurs
Il se sent utile dans cette mer
Et ne se noie plus en cherchant l’air

Premier mot d’un enfant
Un regard d’amour sur ses parents
Un effort de plus et il parle
Rayonnant de bonheur d’un tel résultat

Il dit sa foi en lui et son orgueil
Sa confiance exaltée par la joie
D’être l’égal aux grands hommes
Qui lui ont fait confiance et l'ont encouragé

Un être de plus peuple la terre
De quel côté penchera-t-il
Son sens de l’équilibre le conduit
Marche en droite ligne et va…

24/10/2021

Sur le fil du rasoir (14)

Chaque jour, des dizaines d’humains naissent
Pourquoi ? Pour satisfaire la curiosité malsaine
De deux individus en mal de sensations
Mais que cherchent-ils au fond d’eux-mêmes ?

Les uns se retrouvent sans personne à titiller
Les autres ne veulent plus se voir, même habillés
D’autres encore s’imaginent dénués de pudeur
Enfin, quelques-uns se laissent aller, par paresse

Pas un seul d’entre eux ne décide de relier ensemble
Masculin et féminin pour partir en voyage
Rien ne les atteint, ils s’enferment dans le silence
Et ne disent mot à quiconque, même à eux

Mais qui sont ces individus qui déclament
Une haute expression d’eux-mêmes
Ils se voient étant obéissants jusqu’à la mort
Sans l’ombre d’un jugement chaleureux

Allez donc vanter leurs mérites endiablés
Qu’ont-ils fait de mieux que les autres ?
Ils se sont regardés dans les yeux
Et ont puisés dans leur réserve de vie 

23/10/2021

Sur le fil du rasoir (13)

Mieux même, ils vont plus loin
Là où les convenances interdisent
Toute description de ce qu’ils font
Sinon qu’ils s’aiment à l’envi

L’un ou l’autre (lequel ?) empoigne l’être
Celui qui sait ou fait semblant
Et l’embarque dans une danse
Qui donne à chacun son ultime valeur

Voir les corps s’enlaçant, proches
 Si proches qu’on ne sait plus
Qui appartient à quoi, à toi ou à moi
Quel bonheur de ne pouvoir les dissocier

La longue chevelure des femmes
S’emprisonne dans le rapprochement
Le balai efficace des hommes 
Restaure la foi du charbonnier

De cet ensemble hétéroclite 
Naît le germe du rapprochement
Un oisillon dénudé qui ne dit mot
Mais qui n’en pense pas moins

21/10/2021

Sur le fil du rasoir (12)

Ainsi va la peur d’être dépassé
Jusqu’à présent, tout allait bien
Les carottes cuisaient tranquillement
Les hommes vaquaient à leurs occupations

Les femmes couraient de-ci de-là
Chacune attachée à sa casserole
Les enfants piaillaient sans dire pourquoi
Le reste (qui ?) était étendu au sol

Quand tout à coup survint le bruit
Il n’était pourtant ni fort ni impressionnant
On aurait cru la plainte d’une hirondelle
Ou, peut-être, l’agitation d’un lézard

Mais cela prit de l’ampleur, vivement
Où donc avez-vous entendu ce vacarme
Certainement ni chez vous ni chez nous
Ni même dehors, au bal ou au poulailler

Trois vivants réels s’en prenaient à toi
Ils portaient le poids du monde
Et ne quittaient jamais leur verre d’eau
Buvant sans férir des litres et des litres

Le rasoir finit par s’émousser
Les hommes et les femmes, tous ensemble
Passaient de l’un à l’autre mollement
Et finirent au milieu, dans la boue

Enfin, l’arc d’airain est vaincu
Plus jamais il ne coupera la main
Au donateur indigent et velu

Depuis, hommes et femmes s’embrassent

19/10/2021

Sur le fil du rasoir (11)

Elle partit un jour vers de lointains pays
Là où rien n’est attendu, où rien ne survient
Bien qu’on l’ait espéré ou même envié
Rien ne vient et tout est là, sous tes fenêtres

Elle avance à pas menus, la tête penchée
Regardant l’ombre de mes suivants assoiffés
Tend la main décharnée et se plonge
Dans une méditation qui empoisonne l’avenir

Mais qu’est-elle, cette maniérée douce
Débordante de vitalité et d’énergie sauvage
Qui, d’un regard innocent, règle ses pouvoirs
Sur la façon dont elle te voit et te pèse.

Adieu petite, l’ombre de ton indétermination
Continue à frapper mes oreilles attentives
Tu erres en pirate sur tes rêves et cauchemars
Et va, de plus, les yeux fermés d’aise et d’espoir

Mai rien ne se passa comme prévu, immobile
Tu encensais tes déboires, les regrettant
 Jusqu’au jour où tu perçus la caresse
D’un jour nouveau si différent des autres jours

Ah, mourir sans savoir ce que tu caches dans ta main
Ouvrir patiemment tes doigts de rêve
Et voir ton sourire épanoui s’élargir de joie
Tu me donnes la vie et la mort en un même mouvement

 

18/10/2021

Sur le fil du rasoir (10)

Enfin, par hasard, vint le grand escogriffe
Il apparut un jour de marché, l’air fatigué
Errant de ci-delà jusqu’à ce que son regard
Fut attiré par l’insolite d’une jeune fille

Que diable, cette personne vaut l’or des Caraïbes
Regardez ce cou incurvé et cette main volante
Elle va et vient devant les gens innocents 
Et s’empare modestement des trésors enfouis

Un sourire de douceur vous prend le cœur
Et vous conduit à concéder l’innommable
Changement de mains et changement de pieds
Un ordre nouveau s’établit hors des apparences

Le galop n’est plus ce qu’il était, tranquille
Il devient un bouillonnement intérieur
Une cascade de rires et de baisers
Sur le marché des hommes affables

S’empare de tous la folie de la joie
Une danse incertaine et bredouillante
L’ombre d’un autre monde perdu
Qui jette un regard condescendant

Cours, cours au regard de la fille
Montre-lui ton apparence et ta réalité
Met dans des yeux une escarbille
Et enfouit tes lèvres dans son cou

Le monde n’est pas ce que tu crois
Un mystère plein de vide et d’odeur
Une cloche qui résonne d’aisance
Et va danser vivement au loin

C’est un puits discret et chaleureux
Caché au fond des cèdres, à l’ombre
Comme une lumière enchantée
Qui ne se montre qu’aux frileux

17/10/2021

Sur le fil du rasoir (7)

Enfin, par hasard, vint le grand escogriffe
Il  apparut un jour de marché, l’air fatigué
Errant de ci-delà jusqu’à ce que son regard
Fut attiré par l’insolite d’une jeune fille

Que diable, cette personne vaut l’or des Caraïbes
Regardez ce cou incurvé et cette main volante
Elle va et vient devant les gens innocents 
Et s’empare modestement des trésors enfouis

Un sourire de douceur vous prend le cœur
Et vous conduit à concéder l’innommable
Changement de mains et changement de pieds
Un ordre nouveau s’établit hors des apparences

Le galop n’est plus ce qu’il était, tranquille
Il devient un bouillonnement intérieur
Une cascade de rires et de baisers
Sur le marché des hommes affables

S’empare de tous la folie de la joie
Une danse incertaine et bredouillante
L’ombre d’un autre monde perdu
Qui jette un regard condescendant

Cours, cours au regard de la fille
Montre-lui ton apparence et ta réalité
Met dans des yeux une escarbille
Et enfouit tes lèvres dans son cou

Le monde n’est pas ce que tu crois
Un mystère plein de vide et d’odeur
Une cloche qui résonne d’aisance
Et va danser vivement au loin

C’est un puits discret et chaleureux
Caché au fond des cèdres, à l’ombre
Comme une lumière enchantée
Qui ne se montre qu’aux frileux

12/10/2021

Sur le fil du rasoir (3)

Le fil du rasoir n’est qu’un maigre fil
Il traîne par terre, invisible aux passants
Et, bien sûr, à tous les prétendants
D’une vie claire, droite et modeste

Il ne se tient ni en hauteur ni en profondeur
Il n’empêche nullement son franchissement
Il ne provoque ni lassitude ni rejet
Il dépend de la volonté de chacun

Il est sans exister et ne se remarque pas
Aussi certains le poudrent de craie rouge
Et s’en vont rayés à l’air libre, heureux
De montrer à tous leur singularité

Ce trait de coup de fouet est une libération
Ils sont délivrés de l’esclavage humain
Et avancent à droite ou à gauche
Sans se priver ni même le savoir

Laisse filer le fil sans tension
Ne tiens plus les rênes de la peur
Laisse aller ton cœur et ton âme
Au fil sans rasoir de ton humanité !

11/10/2021

Sur le fil du rasoir (2)

Bien pire cependant : peu savent qu’il y a un rasoir
Le fil pour eux n’existe pas, le paysage reste entier
Ils ne savent d’ailleurs pas où sont la droite et la gauche    
Ils errent le nez au vent, sans but dans l’espace

Peut-être connaissent le temps. Et encore !
Que viendrait faire le souffle d’un passé
Alors qu’ils ne regardent pas devant eux
Savent-ils même qu’il y a un avenir à vivre ?

Ils flottent dans la vie, mangeant leur guimauve
Mâchant, l’air dépité, d’une moue dédaigneuse
La pâtée quotidienne des avatars d’un jour
Sans savoir de quoi demain sera fait

Ainsi va la vie pour eux, déshérités
Partant sur une longue route sans bagage
Ne sachant où se trouve la droite de la gauche
Heurtant l’écoulement du temps et de l’espace

Parfois, l’un d’eux trébuche sur le gazon
Se prenant le pied dans une taupinière
Ils tirent la jambe quelque temps
Sans vraiment comprendre ce qui leur arrive 

Le plat de l’océan s’étend à perte de vue
Y a-t-il même un horizon sur cette étendue ?
Ils marchent à bout de force, les yeux baissés
Sans même voir leurs compagnons de route

Ils trouvent parfois une compagne de vie
Qui éclaire la nuit de leur lent voyage
Jusqu’au jour où ils expirent de lassitude :
À quoi sert donc ce vide immense ?

10/10/2021

Sur le fil du rasoir

Chacun de nous est toujours sur le fil du rasoir
Tantôt à gauche, tantôt à droite, jamais sur le fil
Jusqu'au moment où il franchit la frontière
Oh, misère, attention aux pieds : ça coupe !

Peu se rendent compte de ce passage
Ils n’ont pas conscience du changement
Ils avancent les yeux ouverts sur le monde
Sans savoir ni ce qu’ils sont ni où ils vont

Ils marchent comme les caméléons
En tenue camouflée, levant le menton
Regardant l’autre avec dédain et condescendance :
Qu’est-il cet autre qui me ressemble ?

Sous la torture de la pensée et des émotions
Ils regardent à leurs pieds, les mains tendues
Ouvertes sur le rien de ce qu’ils savent être
Qui partira un jour dans le vent de la défaite

Entre en toi-même, se disent-ils sérieusement
Mais ce toi-même, qu’est-il, où va-t-il ?
Ils errent en marchant sans pouvoir s’arrêter
Et regarder le désastre derrière eux et en eux