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25/08/2019

Locédia, éphémère (18)

Alors ce fut la ruée. De nombreux parieurs envahirent la piste, se jetèrent sur le jockey, lui saisissant sa casaque, la déchirant, l’insultant de mots durs comme des balles de golf, puis le tirèrent jusqu’à la rivière pour l’y jeter comme une dépouille, rougie de sang, à moitié nu, hébété et même inconscient.

Ce jour-là se dévoilait un aspect trouble de ta personnalité. Qu’étais-tu réellement ? Je t’avais vu jeune fille sage dans les salons illuminés d’un bal officiel. Je t’avais regardé sans que tu le saches, au bord de la piscine, élégante, fine, alanguie sur une serviette de bain noire faisant ressortir ta peau d’ocre claire. Tu m’avais paru désirable, innocente et pudique. J’avais également gouté avec toi la fièvre des bars dans la nuit sans fin des hivers tenaces, quand tu levais ton verre devant les consommateurs en riant de ton rire moqueur. Mais je n’avais encore pas contemplé la femme exaltée, sans retenue, inconsciente de son comportement, que je voyais devant moi. Locédia, tu étais autre, virago échevelée, poissonnière hagarde, péripatéticienne offerte à la foule, te confondant dans tes attitudes avec chaque spectateur, les imitant avec véracité, crue et impressionnante de réalisme.

Éphémère, oui, tu l’étais… Et mon âme était envahie de crainte de te perdre alors que je n’avais jamais gagné ton cœur. Peut-être posséderais-je un jour ton corps, mais ton être en entier ne serait jamais atteint, car tu étais trop différente, impalpable et précaire.

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