06/03/2026
Qu’est-ce que la vérité ?
Pilate lui dit : " Tu es donc roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix. "
Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? "
(Evangile de Saint Jean, chapitre 18)
Oui, qu’est-ce que la vérité ?
La définition du terme est ambiguë. Le Larousse nous dit que la vérité est l’adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense. Mais il ajoute : idée ou proposition qui emporte l’assentiment général ou s’accorde avec le sentiment que quelqu’un a de la réalité.
Le CNRTL (Centre nationale de ressources textuelles et lexicales) nous dit : Connaissance conforme à ce qui existe ou a existé ; expression de cette connaissance.
La première définition
Cette définition est-elle satisfaisante ? La réalité (ou l’existant) est palpable. Elle est du domaine du matériel. La vérité n’existerait donc qu’en fonction de l’existant, c’est-à-dire la vision que nous avons du monde matériel. Il n’y aurait donc pas de vérité dans le domaine des idées puisqu’elle ne s’appuierait sur rien de matériel. Alors, qu’est-ce que la vérité ?
Doit-on chercher une définition ? Pourquoi ne pas tenter de caractériser ce qu’on appelle la vérité, ce qui pourrait ensuite faciliter une définition ?
Première caractéristique :
L’impression de vérité ou vérité ressentie est propre à chaque homme. « A chacun sa vérité », est-il coutumier de dire. Elle serait donc une valeur personnelle qui donne à l’homme des certitudes et lui permet d’avancer dans la vie en sachant où il va. Le terme vérité est alors la traduction du terme hébreu emet : ce qui est solide et à qui nous pouvons nous fier. Il désigne non ce que nous savons, mais ce qui oriente notre vie et fait qu’elle vaut la peine d’être vécue. « La vérité, c’est la subjectivité », a écrit le philosophe danois Kierkegaard. C’est ma subjectivité qui me fait moi, non semblable aux autres, et qui me mobilise. Elle concerne ceux que j’aime, les arts, ma religion, mes valeurs. C’est ma vérité, parce qu’elle est moi au plus profond de mon être.
Deuxième caractéristique :
Pourtant la manifestation de la vérité est mouvante. Elle est changeante selon mon humeur, mes attitudes et mon environnement. J’ai même une vérité à un moment et une autre à un autre moment. Tout dépend à ce moment de ma façon de voir, de ressentir, de comprendre, de conceptualiser. Et plus on s’y efforce, plus on approche de la vérité.
Troisième caractéristique :
La notion de vérité s’acquiert donc. Elle est le produit d’une éducation, voire d’une ascèse. Elle suppose l’acquisition d’un savoir, puis l’effort de connaissance au-delà du savoir. Il faut une volonté de la vérité pour l’approcher.
Quatrième caractéristique :
Contrairement à la beauté, elle n’est pas éphémère. C’est une valeur sûre sur laquelle tous peuvent s’appuyer. Mais bien que non éphémère, elle est évolutive. En effet, on n’a pas la vérité, on ne détient pas la vérité. On s’en approche progressivement, de mieux en mieux, mais il reste toujours une part d’ombre, d’inconnu, ne serait-ce que parce que l’humain est de nature différente du matériel et du spirituel.
Cinquième caractéristique :
Si certes chacun semble détenir sa vérité, celle-ci a cependant une signification commune. Elle se rapporte au réel et à la réalité. Est vrai ce qui est l’expression de la réalité, sans déformation de concepts, d’idées, de sentiments, de sensations qui accompagne toute appréhension du réel.
Sixième caractéristique :
La vérité n’est cependant vraie que dans sa forme concrète et non en tant que concept. L’idée ou la volonté de vérité n’est pas la vérité. Elle n’est qu’un concept, ou une impulsion, qui n’a de valeur que s’il se rapporte à une personne, un objet, un événement, ou encore une autre idée, un autre concept.
Septième caractéristique :
Cette vérité, différente de la première proposition, est la traduction du terme grec aletheia qui littéralement signifie : « ce qui n’est pas caché, ce qui n’est ni dissimulé ni voilé ni invisible. On parvient à la vérité quand on a acquis un savoir juste et complet sur les choses ou sur les personnes, lorsqu’on les perçoit telles qu’elles sont. (…) D’où la force de la question : « Y a-t-il une vérité ? » Les philosophes grecs se demandaient si nous pouvons parvenir à la vérité ou si elle se situe hors de notre portée. Pour l’école ou le courant sceptique, sensible aux limites des capacités humaines, nous n’atteignons jamais que des apparences et nous n’avons aucun moyen de découvrir ce qui se trouve derrière elles, nous sommes condamnés à ignorer ce qu’elles recouvrent. Certes, nous percevons des petits bouts de vérité, mais jamais la vérité entière et ultime. Aujourd’hui où les développements de la science sont prodigieux, nous en sommes au même point ; si nous avons remplacé une ignorance naïve par une ignorance savante, nous n’échappons pas à l’ignorance. La question de Pilate à Jésus garde toute sa pertinence. » (André Gounelle dans A. Houziaux (éd.), Y a-t-il un salut pour les salauds ? et 14 autres questions banales mais difficiles, Seuil, 2007)
Huitième caractéristique :
La vérité est la superposition ou même la conjonction d’une représentation de la réalité avec cette réalité elle-même et l’expression de cette conjonction en un langage compréhensible par tous parce que de plus en plus simple au fur et à mesure de l’approche de la vérité. Ainsi, par exemple, Einstein exprime sa théorie unitaire de l’univers en une équation simple : e=mc². Mais que de savants ont avant lui œuvré à cette approche.
Neuvième caractéristique :
La vérité est un moyen de connaissance et de communication puissant parce qu’irréprochable et inattaquable. Elle clôt tout argument contraire et conduit au silence de l’acquiescement et à l’adhésion. C’est pourquoi la justice se donne le rôle de déceler la vérité. Lorsqu’au contraire elle juge en fonction de critères d’opinion subjectifs, elle n’est plus la justice, mais une parodie qui la rend vulnérable.
Dixième caractéristique :
Contrairement à la première caractéristique, la véritable vérité est une, indivisible, universelle, toujours en approche, en découverte. Elle est au sommet de la connaissance, l’alfa et l’oméga de l’humain, son point de rencontre avec le divin. La vérité ultime est Dieu, quel que soit la manière dont on l’appréhende. Et ce n’est pas à la portée de n’importe qui !
Aussi curieusement que cela puisse paraître, ces caractéristiques sont assez proches, au moins pour les premières, de celles de la beauté (voir Le beau, du 9 mai 2013). Sans doute parce que ces deux termes sont des valeurs universelles dont nous reparlerons prochainement.
07:01 Publié dans 11. Considérations diverses | Lien permanent | Commentaires (0) |
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