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23/10/2017

L'homme sans ombre (29)

Lauranne ne sait que faire. Elle mesure sa responsabilité. Elle ne peut trahir son amie en demandant à Mathis de rompre avec elle. Elle ne peut, non plus, demander à Noémie de ne plus voir Mathis. Elle peut encore moins ne rien dire et attendre une catastrophe provoquée par les Tibétains. Elle pourrait éventuellement aller voir la police et porter plainte, mais elle doute que la police soit capable d’empêcher toutes les représailles possibles. Non, aucune de ces solutions n’est viable. Au fond ne serait-il pas préférable d’en parler directement à Noémie et Mathis et de réfléchir ensemble à ce qu’ils pourraient faire. Oui, c’est sans doute une solution. Peut-être pas la meilleure, mais sûrement une des moins mauvaises. Pleine de cette résolution, elle rentre chez elle, téléphone à Noémie, puis à Mathis et leur fixe rendez-vous chez elle, le soir même.

Elle est certes très gênée de raconter ce qui lui est arrivé. Cela révèle une surveillance autour de Mathis qui n’a pas lieu d’être et elle ne peut parler de la complicité de Noémie à cette curiosité. Mais ne rien dire lui paraît suicidaire. Mieux vaut être déchue que risquer l’anéantissement. Mathis sera très certainement furieux et elle l’aura mérité. Mais, sans tenir compte de ses problèmes personnels, elle doit considérer l’ensemble de la situation. Comment échapper à cette condamnation de Noémie et à sa rupture avec Mathis. Mais tout d’abord pourquoi rupture ? N’est-il pas possible d’être à la fois maître et marié ? Il faut qu’elle en parle avec Mathis. Le problème est d’aborder la vie de Mathis que Noémie ne connaît vraisemblablement pas.

En présence de Mathis et Noémie, Lauranne expliqua les menaces de l’Asiatique et son souhait ou, plutôt, sa volonté de séparer Mathis de sa fiancée. Elle ne raconta pas ce qu’il lui avait révélé sur son passé, mais Mathis devina vite ce qu’elle avait pu entendre et comprendre. Elle finit par lui demander ce qu’il voulait devenir et ce qu’il comptait faire vis-à-vis des Tibétains. Noémie était quelque peu anéantie, mais elle fit comme si de rien n’était et laissa Mathis s’exprimer sans dire un mot. Alors il parla :

– Ma vie te fut révélée de manière très leste par des personnes qui recherchent la poursuite d’un statut qu’ils ont acquis avec patience, ténacité et ardeur. Ils t’ont parlé selon leur cœur, sans tenir compte de ce que tu pourrais toi-même ressentir et de la difficulté dans laquelle ils te mettaient. Ce ne sont pas de mauvais bougres, mais des gens qui sentent qu’ils vont perdre quelqu’un de cher, qui leur est utile, un maître qui les soutient dans leurs efforts vers la vérité. Oui, Noémie, ce que l’homme que tu appelles l’Asiatique a révélé est vrai. Je ne peux dire le contraire. Et pour vous prouver ma bonne foi, je vais vous dévoiler mon histoire quelque peu insolite. Mes parents étaient en Inde du Nord pour affaire. Ma mère fréquentait plus ou moins un monastère bouddhiste. Lorsque je suis né, elle pressentit que je serai attiré par le bouddhisme. Effectivement à l’âge de deux ans, je fus reconnu comme tulkou, c’est-à-dire réincarnation du Lama du monastère Palthang. Je reçus l’éducation renforcée des futurs rimpochés : levée 6 heures, méditation personnelle, puis en groupe, études de textes, puis grammaire, littérature tibétaine, jusque vers 7 heures du soir, et, à nouveau, méditation. À 22 heures, je m’endormais épuisé. Cependant, pas une fois je n’ai regretté mon choix. Je progressais sans difficulté dans la concentration et la méditation. Je ne voyais plus mes parents et devins un véritable Tibétain. À l’âge de 13 ans, déjà très avancé dans les techniques spirituelles, on me donna des professeurs particuliers qui m’enseignèrent l’art du vide par la pratique d’une méditation intensive. C’est ainsi que j’acquis les prémices de la lévitation, puis une pratique réservée à de rares initiés.

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