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03/01/2020

Locédia, éphémère (48)

En approchant du bas de l’immeuble, nous pénétrâmes dans la partie réservée aux gros requins, monstres gracieux à la bouche fendue. Un scaphandrier, revêtu de plaques de fer, les nourrissait au bout d’une immense fourchette. A tour de rôle, chacun des requins venaient prendre les poissons plats qui leur servaient de nourriture, sortes de boursouflures jaunâtres qui ouvraient la bouche de terreur. Parfois l’un d’eux arrivait à se détacher du présentoir et partait le plus loin possible en nageant avec peine, comme s’il était ivre. Mais très vite l’un des requins le pourchassait et l’engloutissait dans un tourbillon prodigieux. Un brouillard de particules les entourait comme celui produit par des chevaux sur une carrière poussiéreuse au soleil de midi. Tu fus subjuguée par ces animaux dont la sensualité te déconcertait. Les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes, tu les regardais, puis me regardais, jusqu’au moment où tu te tournas vers moi, ouvrant les mains, entrouvrant les bras, les jambes légèrement écartées, comme prise d’une irrésistible bouffée de plaisir sensuel, voire même sexuel. Je contemplais ta gorge qui vibrait sous ta respiration accélérée, repoussant les boutons de ton chemisier. Locédia, qu’étais-tu donc à ce moment ? L’arrivée à l’étage d’un vieux couple trébuchant te ramena à la raison, et nous sortîmes au soleil, éblouis, hébétés, inconscients de l’agitation qui nous entourait. Assis sur le mur de pierre qui ceinturait l’aquarium, nous laissions notre corps reprendre vie, avec hésitation, comme s’il sortait d’hibernation.

Dernier jour de vacances, étendue sur les rochers, tu contemplais le mouvement des vagues, une tristesse imperceptible dans une attitude d’abandon. Tu te léchas le doigt, l’enduisant de salive, puis le promena sur ma poitrine, d’un mouvement circulaire. Tu te penchas vers moi, me regardant dans les rayons du soleil, et posa avec tendresse tes lèvres sur ma bouche, dans une immobilité inquiétante, mais avec une chaleur envoutante.

_ Es-tu satisfait de ces vacances ? me demanda-t-elle. Et sans me laisser le temps de répondre, elle me prit la main, la posa sur son sein droit et avec son autre main, m’attira à elle. Ses lèvres chaudes éclatèrent dans ma tête. Plus rien n’existait en dehors de son souffle. J’aspirais ses baisers avec avidité, je la regardais, les paupières closes, offerte, livrée à moi, sans retenue, se donnant entièrement. Heureusement, ou malheureusement, nous étions sur la plage, entourés de baigneurs et de cris d’enfants. Je dus faire un effort considérable pour faire cesser l’irrésistible pulsion de mon corps, me lever avec patience, l’entrainer vers la voiture et me diriger vers la maison pour une dernière soirée. Tu me dis alors :

_ Rien ne saurait nous séparer, et pourtant demain sera un autre jour. Lorsque nous serons à Cipar, pourra-t-on être aussi proche ?

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