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12/06/2019

Vainqueur

Au retour du vainqueur tout changea
L’homme se fit souris micropucienne
Il se prépara longuement et savamment
Se rasa la barbe et s’usa la peau
Apprêta ses vêtements d’un violent parfum
Ouvrit sa boîte à souvenirs sans fond
En sortit un martinet aux poils de cuir
Le secoua et le fit claquer de la main gauche
Montrant par là son autorité et sa valeur

Il se dit que pour impressionner les foules
Il convenait de prendre l’air dur et décidé
Il revêtit son maigre manteau de pourpre
Chaussa péniblement ses bottes jaunes fluo
Et prit dans son vase multicolore la rose
Qu’il avait été chercher au pire de la tempête
Sur la montagne sacrée, loin, très loin
Là où ses compatriotes ne vont pas
Grelottant de peur, de terreur même

Il fut confronté aux serviteurs du seigneur
Bardés de piques et d’épées, en défensive
Mais sut les chasser dans le trou du diable
D’où ils ne purent remonter malgré leurs efforts
Il s’empara de la rose, sublime de couleurs et d’odeurs
Et sortit en courant de l’ère mystérieuse
Qui prenait à la gorge ses visiteurs

C’était maintenant l’heure du triomphe
L’œil frais, la mèche élégante, le pas alerte
Il avança dans la salle des gardes rouges
Fit valoir son droit et sa vaillance
S’empara de la très belle Misandrie
La fit tourner sur elle-même dans sa robe de velours
La regarda dans les yeux, et, hautain
Plaqua sa bouche sur ses lèvres pulpeuses
Enfonçant sa langue entre les dents de la belle
Regardant la foule haletante
Qui, bientôt applaudit à tout rompre
L’exploit du héros du jour
Le seul qui rapporta la rose du séjour des morts
Et qui prit son envers à l’endroit

Elle se laissa faire et y prit même du plaisir

©  Loup Francart

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