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31/10/2017

L'homme sans ombre (31)

 – Si nous revenions à nos soucis présents, dit Noémie un peu gênée. Devant cette menace déclarée, que comptes-tu faire ?

– Tout d’abord, et cela te semble évident, ne pas renoncer à notre mariage. Peut-être revoir la façon dont il va se dérouler, un point c’est tout. Mais cela ne résout pas notre problème et les dissidents du monastère peuvent s’en prendre à chacun d’entre nous. Et, croyez-moi, ils le feront s’ils en ont la possibilité. Alors il ne faut pas leur en laisser l’occasion.

– Oui, mais comment ?

– On pourrait, dans un premier temps, se marier dans l’intimité, sans l’annoncer officiellement. Mais cela risque fort de transparaître à un moment ou un autre. Et puis, ce n’est pas dans la tradition bouddhiste de faire les choses en cachette. Je pourrais également renoncer à ma vocation et redevenir un simple adepte civil. Mais ce serait également trahir mon idéal. Je compte donc marcher sur les pas de mes deux illustres prédécesseurs et exercer  en toute transparence mon aide à ceux qui attendent de moi quelque chose.

– Cela nous l’avions compris. Mais alors que vas-tu faire de nous, et même de toi, devant la menace.

– Il est possible de fuir et de nous cacher dans une autre partie du monde. Mais c’est également renoncer. En réfléchissant, le seul moyen de concilier les deux aspirations est de se cacher au sein même des adeptes de notre tradition bouddhiste. Nous rejoignions le monastère en Inde où je suis reconnu comme tulkou et je reprendrai ma fonction de Rimpoché. Ainsi les adeptes actuels du monastère parisien seront délaissés et rejetés par l’ensemble des écoles tibétaines.

– N’est-ce pas un peu hasardeux ? interrogea Lauranne qui avait bien vu les interrogations de son amie. Et de plus, il me semble qu’il faudrait demander à Noémie ce qu’elle en pense. Est-elle prête à épouser un lama tibétain, même si celui-ci a des origines européennes ?

Tout cela était trop nouveau pour la jeune fiancé, trop exotique, trop inattendu. Elle regardait Mathis avec un air implorant et ses yeux voilés de larmes traduisaient à la fois sa panique et son amour. Mathis se tourna vers elle, la regarda droit dans les yeux, sentit cette interpellation, sourit et, lui passant la main derrière le cou, l’attira à lui avec tendresse.

– Noémie, tu vas décider à ma place. Tu sais mon amour pour toi. Tu sais maintenant ce à quoi je suis prêt à renoncer et je ne crois pas que je le regretterai. Je te laisse réfléchir jusqu’à demain. Nous nous retrouverons ici, avec Patrick et nous prendrons notre décision tous ensemble, car si nous disons oui, nous aurons besoin de nos amis pour faire face.

– Oui, tu as raison, répondit Noémie les yeux mouillés et les lèvres tremblantes. Elle ne put rien ajouter, trop émue.

– Au fait Lauranne, quand dois-tu donner ta réponse au monastère ?

– Je ne sais pas. Rien ne m’a été dit là-dessus.

– On peut estimer qu’ils vont te laisser quelques jours, observer tes déplacements et apprécier les évolutions de situation. Disons quatre jours maximum. Il nous faudra bien deux jours pour mettre au point notre projet, puis commencer à passer à son exécution. Alors demain soir au plus tard, nous devons savoir ce que nous voulons faire.

Là-dessus, Lauranne les laissa partir, serrés l’un contre l’autre comme deux oiseaux tombés du nid. Elle attendit Patrick qui rentra du travail vers 19 heures 30 et lui raconta les événements de la journée. Après un repas frugal, ils s’étendirent sur leur lit, se serrèrent l’un contre l’autre et s’endormirent épuisés.

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