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05/10/2015

Le miroir 2

En m’éveillant ma première pensée fut pour mon double. Que me préparait-il ? Quel sera sa prochaine incartade ? me demandais-je avant même de mettre le pied par terre. Je pris le temps de me faire un café et me dirigeai ensuite vers la salle de bain. Je pris une douche, puis me plaçai devant le miroir du lavabo. Je saisis mon rasoir et commençai à l’utiliser. Il ne se passait rien. Le comportement de mon double était normal, ou plutôt, il n’avait aucun comportement. Ce n’était qu’une image que reflétait la glace. J’avançai la main, la posai sur le verre, faisant bouger mes doigts. Rien. Il ne se passait rien. Je cherchai alors à le provoquer. Je lui fis quelques grimaces. Je l’injuriai tout bas. Je lui parlais même : « Va y, tu peux le faire. Je te laisse libre d’agir. » Il ne réagit pas. Je finis par me demander si je n’avais pas rêvé la veille. Le lendemain, même vaine tentative. Rien. Pas une manifestation de bonne ou mauvaise humeur. J’oubliai peu à peu cette histoire qui n’avait aucun fondement logique.  Quelle idée m’avait donc piqué. Oublions !

Deux jours plus tard, alors que je ne pensais plus à cette aventure, se produisit un nouveau fait. J’essayais un vieux costume pris dans l’armoire à glace du couloir. Voulant regarder s’il m’allait encore, j’eus la désagréable surprise de me voir dans un autre vêtement que celui que j’avais enfilé. C’était une tenue de sport. J’avais légèrement grossi et me sentais un peu oppressé dans ce short trop court et ce maillot étroit. Mais oui, il me demande faire du sport, m’exclamais-je, comprenant sa manœuvre. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de faire preuve d’indépendance d’esprit en trichant sur l’image qu’il se donnait de moi. Il s’agissait réellement de suggestion. Il me disait ce que je devais faire sous une forme détournée, mais je n’étais pas dupe. Il lui avait fallu quelques jours pour monter sa manœuvre, me laissant me décompresser, ne plus penser à rien, bref, l’oublier.

J’avoue que je vis rouge. Cette insubordination manifeste ne pouvait continuer. Je jurai :

– Non, non et non. Cela ne peut continuer ainsi. Tu vas me foutre la paix ou je me fâche.

 Mais il me répondit dans ma tête :

– Cause toujours. Que peux-tu faire ?  

De guerre lasse, j’enfilai ma tenue de sport et partis courir derrière la maison, dans le parc municipal. Rentré, après m’être déshabillé, je pris une douche et me peignai devant la glace, me demandant ce qu’il allait encore inventer. Rien, une image très sage sans aucune idée préconçue. Il ne s’était rien passé. Sans doute mon imagination, une fois de plus.

Désormais, je me méfiais. Je savais que ce double haï pouvait surgir à tout moment. En effet, une fois il se manifesta dans un hôtel, dans la salle de réception. Il y avait une grande glace qui tenait les trois-quarts d’un des murs. Je passais devant sans penser à rien lorsque je vis mon double se détacher de moi, prendre un chemin parallèle avec un petit sourire amusé et sortir au dehors. Je venais de perdre au jeu une somme importante et n’avais aucunement envie de m’amuser. Aussi fus-je surpris de sa réaction et estimai qu’il dépassait une nouvelle fois les limites de la courtoisie. Arrivé au bout de cette immense glace, j’eus la surprise de continuer à voir mon double marcher à mes côtés, légèrement lumineux, comme un reflet totalement soumis à mon apparence. Je pris l’escalier, ma chambre n’étant qu’au premier étage, et il se perdit vraisemblablement dans la montée restée relativement sombre. J’avais trouvé le moyen de le mettre dans l’embarras. Je m’en souviendrais, me dis-je intérieurement.

Pendant quatre jours il ne se manifesta pas. Le cinquième jour, je compris que nous avions franchi une nouvelle étape. Il prit quelqu’un à témoin, et devant moi. Nous étions dans un autobus. Une vieille femme sortit son poudrier qui, comme la plupart des poudriers était munis d’un petit miroir permettant à la beauté supposée de se mirer en toute discrétion. Il y avait derrière elle une glace. Aussi me voyais-je moi-même sans qu’elle le sache. Je la vis soudainement me regarder d’un air bizarre, mi-figue mi-raisin. Elle semblait perturbée, regardait ailleurs, mais dès que je détournais le regard, elle revenait sur moi. Je la voyais grâce au reflet de la fenêtre. Elle se contempla à nouveau dans son poudrier et là je compris. Mon double me montrait du doigt et semblait dire quelque chose directement dans la tête de la propriétaire du poudrier. Elle leva les yeux, rencontra les miens, détourna son regard, l’air troublé. Si maintenant il se met à raconter des coups aux personnes que l’on croise, ça ne va plus du tout, pensai-je. Rouge de honte, je dus me lever et sortir à l’arrêt suivant alors qu’il me restait encore quatre stations à parcourir.

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