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08/06/2017

A voix haute, un film de Stéphane de Freitas

https://www.youtube.com/watch?v=-KLE7PTx92U


Un concours d’éloquence à Saint Denis, dans le 93, quelle idée ! Et pourtant, oui, quelle idée géniale ! Tous se passionnent, acceptent les contraintes, s’encouragent, se donnent à fond pour se prouver à eux-mêmes et aux autres qu’ils peuvent y arriver. Et ils y arrivent !

Quelle plus belle leçon que ces six semaines de préparation qui se terminent par le concours : cris de joie et sérieux, paroles qui donnent à rire ou à pleurer, où l’émotion submerge le rationnel, mais où toujours l’argument doit être mis en avant, sans concession. « Ce n’est pas un argument, il n’y a rien ! », répète sans cesse l’avocat qui a eu l’idée de ce concours. Ils sont interloqués ces garçons et ces filles qui se sont inscrits. « De quoi parle-t-il ? ». Alors ils apprennent à creuser leurs idées, à les affiner, à en faire des couteaux tranchants comme une arme. Ils apprennent à se battre avec les mots, sans invectives, mais avec passion, certitude et même éloquence.

C’est bien le titre du concours Eloquentia, créé par Stéphane de Freitas en 2012 qui récompense le meilleur orateur du département de Seine-Saint-Denis et c’est le même qui filme cet apprentissage et ces joutes oratoires avec Ladj Ly. C’est dur, même très dur, pour ces jeunes qui ont plus l’habitude de hurler et d’échanger des sarcasmes plus tôt que de parler et d’argumenter. Alors ils apprennent à tourner sept fois leur langue dans la bouche, à utiliser leurs gestes, à moduler les sons, à user de leurs émotions pour convaincre. Oui, s’il ne faut qu’un mot pour définir le film, c’est convaincre. Et ils vont y arriver.

D’ailleurs, il n’importe pas seulement de savoir parler et de convaincre. Il s’agit d’apprendre à se connaître, à s’estimer, à se grandir, à se dévoiler à soi-même et aux autres. L’avocat Bertrand Périer, un des formateurs au concours, les entraîne comme des champions, se donne à fond et avec bonne humeur et humour permanents pour les séduire avant qu’ils ne puissent eux-mêmes convaincre.

On partage ces six semaines avec Souleïla, Franck, Elhadj, Leila, Eddy, Camélia et beaucoup17-06-08 A voix haute-photo-groupe.jpg d’autres. Le film ne raconte pas une histoire individuelle, même si certaines sont ébauchées, comme celles de deux finalistes. On partage leur enthousiasme, leurs difficultés, leur retenue, leurs espoirs. Ils impressionnent, émeuvent et finissent par s’imposer individuellement, collectivement. Ils découvrent leur être propre au-delà de l’apparence de l’éloquence et cette découverte de leur moi profond grâce à l’émergence du moi social par la parole est la plus belle leçon de vie qu’ils peuvent donner.

Le vainqueur : Eddy ! Le marcheur qui fait chaque jour dix kilomètres pour se rendre à la fac. Il raconte ses parents et leur vision de la vie : « Quand j’entends "Bravo Eddy" je comprends : "Bravo à tes parents pour l’éducation qu’ils t’ont donné", raconte-t-il. "Ils m’ont toujours encouragé à faire ce que j’aime, sans jamais m’obliger à aimer ce que je fais", clame-t-il avec son talent de poète moderne. »

Oui, elle est belle notre jeunesse, belle d’enthousiasme, d’espoir, de respect mutuel. Elle peut être loin des clichés qu’en donnent les médias. Alors un grand bravo à ce film émouvant, révélateur d’un avenir meilleur.

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