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15/10/2017

L'homme sans ombre (27)

– peu importe, si c’est pour nous le moyen de sauver notre monastère. Je vais vous raconter l’histoire de Dhondup. Ses parents sont bien européens, français même. Il n’a aucun sang tibétain. Ses parents étaient en poste en Inde proche de la frontière tibétaine lorsqu’un groupe de Tibétains passèrent dans la ville pour rechercher une réincarnation du Rimpoché d’un grand monastère. Passant dans les rues en portant un manteau du défunt, le jeune européen s’adressa à celui qui avait revêtu le vêtement et lui expliqua qu’il ne lui appartenait pas. Intrigué, un des Tibétains sortit de sa poche un étui à lunettes et fit mine de les chausser. Le jeune garçon les aperçut, reconnut l’étui et les lunettes. Il s’en empara, mit les lunettes et déclara qu’il voyait beaucoup mieux ainsi. Il put lire une enseigne dans la rue à une distance telle qu’une vue normale ne peut apercevoir de caractères. Enfin, l’un d’eux sortit des photos de sa poche. Elle représentait des monastères tibétains, dont celui du Rimpoché. Dès que sa photo lui fut montrée, l’enfant montra la fenêtre où vivait le Rimpoché.

– C’est possible votre histoire ? interrogea Lauranne qui ignorait la doctrine de la  réincarnation.

– C’est plus que possible. C’est ainsi que se passent les successions à la tête des grands monastères. L’enfant qui identifie des objets ayant appartenu à l’ancien Rimpoché est reconnu comme son successeur et éduqué au monastère dès son plus jeune âge. Il n’était jamais arrivé qu’un étranger au pays soit identifié. Les Tibétains convoquèrent le conseil du monastère qui finit par annoncer que l’enfant était bien la réincarnation du Rimpoché.  Une délégation fut envoyée auprès des parents du garçon. Ils contestèrent d’abord ce qui leur fut expliqué, mais ils finirent par céder devant les insistances de l’enfant qui faisait preuve de connaissances certaines de la culture tibétaine sans en avoir jamais entendu parler. Arrivé au monastère, il eut les honneurs du père Abbé et commença son apprentissage avec un vieux lama qui ne le quittait pas d’une semelle. Il fit des progrès étonnants. Il apprit sans difficulté le Tibétain, enregistra les rituels propres au monastère, entreprit facilement les exercices de concentration, puis se plongea dans la méditation. C’était maintenant un jeune homme  particulièrement doué qui semblait avoir oublié totalement sa vie antérieure européenne. Mais un jour, alors qu’il venait d’être nommé lama Rimpoché, il déclara qu’il devait se rendre en France et y fonder un nouveau monastère. Les moines furent choqués d’entendre cette décision, mais ne firent rien pour la contrer.